5G : le bien, le mal, le futur et ta mère…

C’est un problème très actuel et fort préoccupant. Il n’est pas entièrement documenté ni analysé mais il s’immisce partout, tel une couleuvre psychique. J’ai nommé : le binarisme. Petit tour du grand cirque de polarisation idéologique autour d’un sujet qui occupe une partie des sphères militantes : la 5G.

Alors, t’es pour ou t’es contre ? Telle est la question qui mène inévitablement à des empaillages pitoyables autour de l’implantation de la 5G en France. Les pour sont des geeks (ou des pro-technologie, promoteurs du progrès, du digital, etc, etc), avec grosse bouteille (expérience ++) et grosse tête qui va avec : ils savent, ce sont des techniciens qui connaissent, prétendent parfaitement maîtriser le sujet des « ondes ». De l’autre, les écolos. Des anti-ondes. Des gens qui pensent que les ondes, c’est le mal, c’est dangereux, on va tous mourir à cause d’elles. Et le ballet peut commencer, sans aucune nuance, avec des arguments tout aussi sophistes d’un côté que de l’autre, à quelques nuances près, justement. Pourquoi tout ça est ridicule ? Parce qu’en réalité, débat il n’y aura pas, que toute cette histoire de 5G est déjà bouclée, vendue, validée. La 5G, on l’aura, quoi qu’on fasse, quoi qu’on dise. Mais alors où est le problème ? Le problème est que c’est un basculement très important de civilisation. Un peu comme l’arrivée de l’électricité dans les foyers au XXème siècle. Mais avec beaucoup plus d’inconnues et d’effets pervers. Ah ouais, quand même…

La 5G tu utiliseras

Les éléments de langage des pro 5G ont été bien huilés : c’est rien qu’une 4G améliorée, c’est super inoffensif parce que ça porte pas loin, c’est génial parce ça va réduire la fracture numérique, critiquer la 5G c’est vouloir retourner au minitel, etc, etc…

Le magazine « Siècle digital » offre d’ailleurs à ses abonnés un article censé aider à obtenir une « acceptation cognitive » de cette technologie. Oui, le principe central quand quelque chose fait polémique ou engendre un débat, une contestation, le but n’est plus de chercher à comprendre ses enjeux mais activer des procédés propagandistes pour forcer les foules à adhérer. Aldous Huxley l’avait prédit, les adeptes de la digitalisation du monde l’ont fait.

Sur la réalité des enjeux de la 5G, malgré tout, quelques informations factuelles existent. La première est simple et touche aux questions sanitaires, de façon différente du déploiement de la 4G qui n’avait d’ailleurs pas soulevé de levée de boucliers de la part des anti-ondes, pas plus que d’habitude en tout cas : les anti-ondes ne veulent pas des ondes des réseaux mobiles, ils sont contre par définition, donc bon.

Mais sur la 5G, les inquiétudes sont plus grandes et soudent plus de personnes, pour une raison qui s’entend : le réseau 5G futur ne jouera pas dans la cour de tous les autres réseaux par radio-fréquence puisqu’il va émettre sur des fréquences très hautes encore jamais utilisées dans ce cadre. Ces fréquences, au dessus de 24Ghz, obligent d’ailleurs la technologie 5G à ne plus émettre de façon continue comme la 4G mais d’émettre des ondes millimétriques. On appelle ça l’EHF (l’extrêmement haute fréquence) à l’ARCEP et les ondes millimétriques en questions amènent plusieurs problématiques. Que des médecins et chercheurs en cancérologie soulèvent et que les opérateurs, industriels et pro-5G ne veulent pas entendre, au point de les traiter comme des attardés mentaux qui ne connaîtraient rien à « La Science ».

Ta gueule, t’y comprends rien

L’idée principale pour vendre la 5G aux abrutis qui n’y comprennent rien — c’est-à-dire « les gens » — c’est d’expliquer que tout est sous contrôle. Donc la première opération de lessivage des esprits c’est de venir expliquer benoitement que le déploiement qui arrive en France, « de toute manière c’est des fréquences entre 3 et 4 Ghz et qu’on a toutes les études qui indiquent qu’y a pas de problème parce qu’on en a déjà partout du 3 et 4 Ghz, et voilà, quoi, bon. » Donc ta gueule, t’y comprends rien. Ensuite, le mieux est d’expliquer que de « toute manière, c’est incontournable, parce que les débits et les latences sont tellement supérieures que le reste, qu’on peut pas se permettre de ne pas le faire, parce que sinon tous nos concurrents dans le monde ils vont tout faire mieux que nous et nous on sera comme des Amish avec du réseau qui marche avec des lampes à huile et qui pourront même plus transférer la photo de mémé dans son Epad vers un data center en Suède alimenté par des énergies vertes qui protègent la nature, ou sauver des gentils Français entre la vie et la mort avec un chirurgien coréen de réputation mondiale qui pilote un robot distance« . Wahoooou : c’est beau tout ça, on dirait un épisode de Laurent Alexandre chez les Grecs. Avec la vaseline en plus.

Mais revenons à nos moutons (digitaux) : pourquoi la 5G actuelle n’est pas de la 5G, même si elle utilise toute l’infra de la future 5G et qu’elle est vendue comme de la 5G ? Parce qu’elle n’utilise pas les ondes millimétriques qui demandent au moins 24 Ghz et qui seront de 26 Ghz et plus en France. Après le déploiement en cours sur les bandes entre 3 et 4 Ghz. Donc les latences à 0.1 ms et les débits à 1 Gbps, c’est en 2022, 2023, pas en 2021 avec la 5G actuelle qui est de la 4G+ en réalité si on est honnête. Mais l’idée c’est de faire comme si ce n’était pas le sujet. Alors qu’en fait, si.

Et d’ailleurs la 6G est déjà testée brave gens, et ça dépote encore plus, sur de l’ultra haute fréquence bizarrement appelée « térahertz », alors que ce sont des bandes de fréquence autour de 300 Ghz qui permettent — selon les premiers essais — d’avoir du 40 Gbps ! Hola ! Ils disent 0,360 Thz par exemple. Ben ouais, 360 Ghz ça devait pas le faire. Bref ils ont sûrement des raisons que les vieux pro des technos réseaux ignorent. Dans tous les cas, la fibre est battue, mais il faut quand même raccorder tout ça à des fibres, ce qui est en cours pour savoir comment on va arriver à faire du réseau illimité de chez illimité pour le siècle des siècles, amen.

Donc, ta gueule. Un réseau c’est fait pour augmenter en débit et c’est tout. Même si ça demande de couvrir de façon délirante les territoires de minuscules antennes qui crachouille des ondes qui émettent et se coupent plusieurs milliers de fois par seconde sans qu’on sache bien ce qu’elles peuvent causer comme perturbations dans l’environnement. Oui, ferme donc ta gueule espèce d’Amish, de toute façon tu n’y comprends rien à la techno. La fibre c’est has been. Amen.

Le plus drôle ça va être la suite

Dans le monde moderne, celui qui a débuté avec la révolution cybernétique dans les années 40 et 50 et la généralisation des masses médias, des relations publiques — et de la propagande qui va avec — il y a une constante : on n’apprend jamais rien du passé, il est toujours possible de refaire les mêmes choses — même les pires — sans jamais se faire pincer. Le monde moderne est amnésique, il vit au présent, dans l’instant et les promesses d’un futur toujours plus glorieux, dans l’urgence de se remplir les poches et de faire avancer la grosse machine à cash. Vous pouvez contaminer des millions de personnes avec de l’amiante pendant des décennies, nier que c’est le cas pendant encore des décennies, puis faire retirer l’amiante quand c’est vraiment plus possible de continuer. Mais vous laisserez vendre ensuite des substances toxiques et cancérigènes pour les agriculteurs, des substances qui détruisent les écosystèmes de façon systémique, jusqu’à que ça se voit trop. Là, vous arrêterez pour proposer autre chose, qui n’aura pas encore été assez bien étudié pour être interdit. Mais qui sera bien crade lui aussi, parce que c’est ce qui se vend le mieux.

De la même manière, sans savoir si une technologie par radio-fréquence en onde millimétriques, jamais utilisée jusqu’alors et qui peut — selon quelques centaines de chercheurs européens en médecine — causer des cancers, modifier l’ADN ou endommager les arbres, perturber les insectes, vous n’allez tout de même pas attendre d’avoir des conclusions sur ces effets potentiels ? Non, vous l’autorisez, la déployez, récoltez le cash qu’elle génère. Puis, dans 10, 15 ans, si par hasard elle s’est révélée nocive, voire très nocive, ce n’est pas très grave : vous direz que la science à l’époque ne savait pas, mais que vous aviez fait les études qui vont bien. Vous oublierez de préciser qu’elles étaient basées non pas sur la technologie qui s’est révélée nocive, celle de 24 Ghz et + mais sur celle bien connue des 3-4 Ghz. Le tout c’est de faire le pari que ça va le faire. Pas d’aller vérifier de façon scientifique, sur la durée, dans des conditions proches du réel ce que ça va causer… ou pas. Non, ça, c’est dans un monde parfait, celui des bisounours, les gens qui croient que la recherche c’est fait pour protéger les gens des dérives de la science appliquée.

Mais, comme des scandales sanitaires, technologiques, seront de toute manière tellement rentrés dans les mœurs et les esprits comme un effet normal des innovations dont plus personne ne peut se passer, personne ne viendra gueuler. Ou bien il y aura un petit procès, avec quelques lampistes qui trinqueront, des scientifiques et des responsables d’administrations dont aura découvert — ô surprise — les conflits d’intérêt auxquels ils étaient liés. De la corruption, en vrai. Mais la science doit bien avoir quelques brebis galeuses, n’est-ce pas ? Même si c’est 50% de ses membres qui est concerné et 60% de ses études qui sont biaisées en 2020…

Allez, on ne va quand même pas faire nos Amishs : pouvoir visionner une vidéo en 6K sur l’autoroute dans sa voiture autonome pilotée par l’IA hébérgée dans le cloud d’Amazon mérite bien quelques pots cassés et quelques dommages collatéraux…

P.S : je manque à mes devoirs en ne mettant pas les hyperliens vers les affirmations auxquelles je procède, je sais c’est mal. Mais je fatigue, sachant que les documentations, rapports, en lien avec ces affirmations sont sur le ouaibe. Si certains des rares lecteurs de ce misérable blog les veulent, je peux leur filer. Qu’ils m’écrivent, sur drapher at riseup dot net.