De la bite à Griveaux et des censeurs-défenseurs de la démocratie…

C’est à partir d’un fait divers — certes un peu unique en son genre en France (jusque là) — qu’un tombereau de grand-n’importe-quoi s’est déversé dans #lesmedias. La vidéo de la bite à Griveaux envoyée par messagerie à une jeune femme visiblement peu connue du candidat-branleur à la mairie de Paris, fait la Une. Cette bite a visiblement (é)branlée les éditocrates et autres politiques, qui depuis deux jours, se sont lancés dans un compétition d’analyses décalées et inquiétantes.

Disons-le tout net : l’anonymat sur Internet n’a rien à voir avec le sujet, pas plus que la mise en cause de « la démocratie » par les réseaux sociaux. L’affaire de la bite à Griveaux est une vulgaire histoire de revenge porn qui aurait pu survenir à l’ère des VHS, mais aurait juste eu un peu moins d’écho à l’époque (encore que…). Reprenons depuis le départ les tenants et les aboutissants de cette histoire, qui, visiblement, échappe aux experts de tous poils qui viennent exprimer leur inquiétude ou leur indignation.

Ne filme pas ta bite Benjamin… et n’envoie pas la VHS à une inconnue

Griveaux est un con (© Serge July) arrogant qui se filme, en 2018 — alors qu’il est Secrétaire d’État auprès du Premier ministre
et Porte-parole du gouvernement — en train de se palucher la bite pour les beaux yeux d’une donzelle qu’il connaît plus ou moins. Il envoie alors la vidéo de sa performance à la dite donzelle. Imaginons un instant que l’histoire se passe — mettons — en 1984. Griveaux se filme avec un caméscope, envoie la cassette VHS à une donzelle qu’il connaît moins que plus. La donzelle fait une copie et deux ans plus tard, l’envoie à un artiste russe décadent, qui lui-même envoie des dizaines de copies de la VHS à plein de gens, qui la recopient… et la diffusent à leurs connaissances — en public, pour certains. Une partie des gens de France voient donc la bite à Griveaux. Scandale. Les télés ne diffusent pas la VHS (normal). Et donc ? Rien. Il n’y a pas Internet et pourtant, tout est aussi glauque et débile que l’affaire de 2020.

Quand les analystes sont perdus ils invoquent la fin de la démocratie

La classe politique a été saisie d’effroi par l’affaire de la bite à Griveaux : « Rendez-vous compte, on ne peut même plus faire n’importe quoi avec son smartphone sans qu’il n’y ait le risque de voir le n’importe quoi publié en ligne !« . Oui, oui, braves gens, il est dangereux de filmer son intimité et de la faire circuler sur un réseau informatique mondial. C’est dingue, non ? Des gens mal intentionnés peuvent ensuite publier la dite intimité sur… un site Internet par exemple. Même 2 ans plus tard.

Parce qu’un point important est à souligner, que les éditocrates et politiques semblent ne pas avoir bien compris : les vidéos de branlettes du candidat LREM à la mairie de Paris n’ont pas été balancées sur Twitter (lesréseauxsociaux), mais publiées sur un obscur site web, hébergé par une instance Google cloud. Mais qui, ensuite, a donc fait connaître l’adresse de ce site sur Twitter ? Des grands démocrates au QI très élevé, comme… Laurent Alexandre et Joachim Son-Forget…

Et c’est à partir de cet enchaînement — parfaitement évitable — que tout ce qui compte de pique-assiettes dans la République monarchique disruptive, s’est fendu de déclarations s’alarmant de « la fin de la démocratie ». Le tout doublé d’un appel à interdire l’anonymat sur les réseaux sociaux : plus décalé et débile, tu meurs…

En réalité c’est la politique qui est morte

Au final, l’affaire de la bite à Griveaux est porteuse de nombreux enseignements. Le premier, est que la classe politique ne comprend toujours absolument rien à Internet, confondant allègrement — à dessein ou non — les sites Web des « plateformes d’échanges », l’anonymat et le pseudonymat, tout comme les notions de transparence et de protection de la vie privée. En parlant de « mettre fin à l’anonymat sur les réseaux sociaux » suite à cette affaire, alors que l’anonymat n’a jamais joué dans celle-ci, les politiques viennent démontrer en réalité que c’est la politique qui est morte.

La classe politique n’a même plus la faculté d’analyser correctement les évènements, ce que cette affaire met en lumière de façon…très crue. Cette classe politique est clairement affairée — avant tout — à défendre son mode de vie, ses errements, ses mensonges et autres fabrications de réalités alternatives vouées à faire voter des électeurs de plus en plus rétifs et de moins en moins naïfs.

Si elle était sincère, cette classe politique aurait simplement pris acte d’une dérive en cours, celle de l’exposition de soi et du narcissisme numérique, du mésusage généralisé des smartphones et de la progression de la malveillance en ligne. Une malveillance qui n’est pas le fruit du réseau, mais juste simplifiée par le réseau. Puisqu’au final, si le Secrétaire d’État auprès du Premier ministre n’avait pas envoyé sa bite par smartphones interposés, rien de tout ça ne serait arrivé. Et au final, la loi est de toute manière déjà en place pour ceux qui dévoilent (sur le Net ou non) des vidéos personnelles à caractère sexuel :

« Lorsque les délits prévus aux articles 226-1 et 226-2 portent sur des paroles ou des images présentant un caractère sexuel prises dans un lieu public ou privé, les peines sont portées à deux ans d’emprisonnement et à 60 000 € d’amende. Est puni des mêmes peines le fait, en l’absence d’accord de la personne pour la diffusion, de porter à la connaissance du public ou d’un tiers tout enregistrement ou tout document portant sur des paroles ou des images présentant un caractère sexuel, obtenu, avec le consentement exprès ou présumé de la personne ou par elle-même, à l’aide de l’un des actes prévus à l’article 226-1. »

La loi punit l’infraction de « Revenge Porn » indépendamment du point de savoir si la personne a donné son consentement à l’enregistrement initial de la vidéo ou des images. Le seul fait que la diffusion, notamment sur le réseau Internet, ait lieu sans le consentement de la personne suffit.

La démocratie n’a donc rien perdu après cette divulgation relayée par un député borde-line et son comparse urologue expert en IA et gros QI. L’anonymat sur le Net — qui n’existe que très difficilement sur le réseau — n’est pas en cause, ni le pseudonymat et encore moins la défense de la vie privée : si Griveaux avait envoyé sa bite de façon anonymisée, personne n’aurait pu utiliser la vidéo : cette bite, anonyme, n’aurait eu — justement — aucun poids. Ni médiatique, ni politique…