Notre temps : Les bâtardises de « l’Internet Digital et des *tech à la French »

L’air de rien, on échangeait avec des amis ce matin encore autour de rêves révolutionnaires de sociologues, économistes, et philosophes lucides, aguerris et affûtés (Elsa Dorlin, Alain Deneault ou encore Frédéric Lordon, pour ne pas les citer). Le tout en constatant dans le même temps les nouvelles peu réjouissantes sur l’état actuel de ce monde, de nos sociétés aliénés trop occupées à s’offrir une guère des sexes, se pogner sur la dernière promesse dystopique, ou tenter l’imposition violente au monde entier de son idéal de vie binaire comme étant le nouvel idéal universel (doublé de promotion narcissique façon réseaux sociaux), le tout sur fond de violences physiques et morales d’une politique bienveillante à souhait.

Ne vient-il pas alors l’idée complètement folle de mon cher comparse de tenter de partager une bonne nouvelle sur les changements d’habitude de consommation des français. Apparemment les français préfèrent de nouveau consommer local et « humain », sain quoi.

Je me dis « OK, allons voir de quoi il en retourne » ; ni une ni deux me voilà sur la page, qui sent bon l’authenticité et la sincérité : « petitscommerces.fr » – en effet l’annonce est alléchante. On y découvre même que depuis que les gens vont sur le Web, ils savent que pour acheter des pâtisseries il vaut mieux aller chez un pâtissier. Génial !

L’allure et l’esthétique de la page, la petite biographie teinté de nostalgie et d’amateurisme complètement bidonné me mettent tout de même la puce à l’oreille. Je me lance dans la consultation des CGUs et mentions légales (peut-être énième un coup de Mounir avec LaRuche?) – non, ouf, ceux là sont inconnus au bataillon de ma shitlist : Jonathan Chelet et Maxime Bedon.

On apprend tout de même au passage que bon, ils s’engagent à respecter le RGPD (on leur explique qu’il n’ont pas le choix, en fait ? ;-)) et qu’ils ne partagent AUCUNE information personnelle dont ils font la collecte aberrante (nom, prénom, adresse IP, positionnement de cookies, OS, navigateur, …) SAUF avec des tiers pour des relations commerciales. Mais heureusement, on peut s’y opposer en leur signifiant notre demande (on va leur faire un deuxième cours sur le RGPD et le opt-in forcé).

Comme ça commence à me démanger un peu et que je trouve la mariée un peu trop belle, je regarde dans le whois (rien à signaler si ce n’est qu’ils sont hébergés par des buses dans le Claoude), et puis je me lance dans la consultation de leur CV sur LinkedIn (ben oui, pour les petits commerçants locaux c’est « the place to be »).

Le Président, et le Directeur Général ont étudié à la « KEDGE Business School ». Ce cher Jonathan a aussi fait une prépa, puis HEC à Montréal. Ils font tous les deux partie de « hubs » qui eux aussi fleurent bon l’authentique et le sincère et sont passés par Capital Magazine, Société Générale, BNP Paribas, Crédit du Nord. De vrais petits artisans !

La formule d’abonnement est de seulement 9 euros par mois – après une prestation one shot de 350 Euros HT pour faire votre portait. Alléchant pour un petit commerçant qui n’a probablement ni le temps, ni les moyens de se former à tout ce bullshit mais dont on lui fait la promesse d’une augmentation de son CA de 50 % (c’est sûr que pour vendre des croissants, le Web c’est incontournable, c’est le patron de France Num qui vous le dit à l’Amazon Academy, avec comme exemple… nos chers amis de « petits commerces » ;-))

Miser sur la faiblesse, ou le manque de moyens humains ou matériels. Dépouiller les petits commerçants de quelques deniers (après tout c’est pas cher) pour leur fournir une prestation tout à fait inadaptée, tout à fait inutile à la plupart d’entre eux : voilà la belle promesse de notre temps.

Alors, petits commerçants, vous qui rêvez de conquérir le monde avec vos pâtisseries – ou d’emplâtrer ces blaireaux de marketteux pour les plus lucides – ne manquez pas de les contacter et de leur signifier votre totale et béate adhésion.

A bon entendeur,

(vu sur TF1 et BFM)