2019 : année de la contestation globale ?

La mise en cause des politiques néolibérales — politiques qui favorisent uniquement une fraction de population issue des classes dominantes — par les 90% de citoyens des classes moyennes ou « populaires », n’est pas un phénomène franco-français. De partout dans le monde la grogne monte, souvent via les réseaux sociaux, parfois suivie de manifestations dans la rue, mais avec à chaque fois exactement les mêmes revendications et reproches : vie trop chère, impossibilité de vivre dignement avec un salaire minimum ou « moyen », vie démocratique capturée par une élite qui ne représente qu’elle-même (dont les détenteurs du grand capital qui les portent au pouvoir), dégradation des services publics, corruption étatique, détournement de l’impôt au profit de politiques en faveur du privé, etc…

Elire des néo-fascistes… trouve sa limite

Cette grogne mondiale s’est concrétisée de façon massive dans les urnes ces deux dernières années par l’élection de Donald Trump en 2016 puis de différents candidats et partis réactionnaires — proches des idées du milliardaire américain — opportunistes et anti immigration un peu partout ailleurs. Ce sont en réalité des « partis néo-fascistes 2.0 » charriant toutes les idéologies des extrêmes droite (à l’origine européennes), partis qui pointent les « ennemis de la nation » et les solutions hargneuses et violentes qui doivent — selon eux — régler les grands problèmes de société s’ils les appliquent. Leurs méthodes de communication et d’influence des masses passent par les grands réseaux sociaux : Facebook et Twitter. Mais très rapidement, la contestation par les urnes trouve ses limites : les néo-fascistes sont en réalité tous acquis à la cause néolibérale et taper sur les immigrés (ou des minorités), casser les acquis sociaux, le droit du travail, ne redonne pas de pouvoir d’achat aux gens, ne régénère pas la démocratie. Au contraire.

L’exemple indien est très parlant et pourrait peut-être devenir la règle en 2019, avec ses 200 millions de manifestants les 8 et 9 janvier dernier, sortis manifester un peu partout dans la plus grande démocratie du monde…

Le super conservateur Modi se fade 200 millions de Gilets jaunes indiens

Comme ne le savent peut être pas les Français — informés par des médias télévisuels très orientés — une immense manifestation populaire vient d’avoir lieu en Inde ce mardi 8 janvier et mercredi 9 janvier 2018 : 200 millions de personnes ont défilé pour se plaindre, nous fait savoir le magazine Les Echos :

« Des plantations de thé aux banques, de l’est du Bengale Occidental (est) à l’extrême pointe du Kerala (sud-ouest), ils seraient environ 200 millions d’Indiens à avoir répondu, mardi, à l’appel de dix syndicats de gauche. Selon ces chiffres avancés par les organisateurs, il s’agirait de l’une des plus grosses démonstrations de force depuis l’arrivée au pouvoir du Premier ministre Narendra Modi en 2014. Les revendications, elles, arborent un air de déjà-vu : hausse du salaire minimum, sécurité sociale universelle , arrêt des privatisations mais aussi de la réforme du droit du travail en cours et lutte contre le chômage. « 

Remarquez que les plaintes sont exactement les mêmes que celles des Gilets jaunes français (et que les politiques menées correspondent en tout points aux politiques menées par Emmanuel Macron). Comme si les dirigeants de toutes les grandes nations s’étaient donnés le mot et appliquaient les mêmes « réformes », avec les mêmes conséquences ?

En 2019, l’effondrement guette…

Les dirigeants politiques sur la planète entière ont tous le même mot d’ordre : servir la finance internationale et les géants industriels qui mettent en coupe absolument tout depuis que la mondialisation des échanges s’est emballée, au tournant des années 90. Santé, éducation, médias, énergie, eau, services postaux, voirie, alimentation, rail, agriculture : les industries privées polluent, empoisonnent, siphonnent, encadrent, pillent tous les secteurs des sociétés humaines développées ou en voie de développement et écrivent les « réformes » pour les personnels politiques qu’ils mettent au pouvoir à grands renforts de promotions médiatiques, d’experts achetés et de campagnes numériques d’influence.

Cet état de fait est dénoncé de partout sur la planète et a des conséquences concrètes terrifiantes : pollution massive des sols, de l’eau, de l’air, destruction des forêts, de la biodiversité, et paupérisation de plus en plus généralisée des citoyens. Une paupérisation permettant avant tout l’optimisation des profits de l’élite actionnaire : les salaires stagnent, voire régressent, les services publics ferment, tandis que les prix augmentent, voire flambent… tout comme les dividendes versés aux multinationales. Face à ces constats, une question commence à voir le jour : cette situation est-elle encore tenable ?

La réponse se fait attendre, mais des signes très importants apparaissent : une conjonction de facteurs négatifs est en cours. Il ne va peut-être pas être franchement possible de pressurer longtemps encore les populations, leur enlever les dernières protections dont elles bénéficiaient tout en détruisant ce qu’il reste d’environnement naturel sans qu’il n’y ait une réaction à la mesure des événements : forte. Les Gilets jaunes en sont un fragment, les manifestants indiens aussi. L’année 2019 pourrait donc bien voir une grande « crise mondiale » débuter. Un sursaut populaire. Une contestation globale. Une crise qui pourrait mener à l’effondrement de civilisation déjà annoncé il y a presque 50 ans par Denis Meadows. Sachant qu’au niveau de l’économie mondiale, tous les voyants sont au rouge, particulièrement en Chine, un pays moteur de l’économie mondiale qui maintient artificiellement sa croissance — en réalité atone — grâce à une bulle immobilière qui va finir par exploser…