#GiletsJaunes : tout ça pourrait se régler assez facilement…

Au fond le gouvernement et le chef de l’État — s’ils étaient un peu moins radicaux et idéologues — pourraient très simplement stopper la contestation des gilets jaunes. Ce qui n’arrivera pas, et précipitera leur chute. Explications.

Injustice sociale et économique : le nœud du problème

Tout le monde a compris ce qui a fait monter la sauce : les gens qui bossent avec des salaires inférieurs à 1800€ ne s’en sortent plus, et quand ils voient le maître de l’Élysée parader sur une énième taxe qui va venir gréver encore un peu plus leur budget du mois, c’est insupportable. Surtout lorsqu’ils découvrent que les super-patrons du CAC 40 et tous les rentiers ultra riches de l’hexagone continuent de bénéficier d’avantages fiscaux et de ristournes qui augmentent encore un peu plus leurs fortunes. Sachant que les mesures économiques de l’offre pour « relancer l’emploi » n’ont aucun effet, si ce n’est de permettre aux détenteurs du capital d’économiser un peu plus sur le dos de leurs salariés et de reconstruire leurs marges. Injustices sociales et économiques sont désormais trop visibles et trop difficiles à avaler. D’où les gilets jaunes.

Redistribuer est tout à fait possible

Quand on pense au « pognon de dingue » qui est aspiré par les grandes entreprises grâce aux mesures libérales diverses et variées qui s’accumulent depuis des années sans effet sur le chômage (et encore moins sur le pouvoir d’achat), on en vient à se dire que tout ça est profondément absurde et injuste… mais pourrait être aisément corrigé. L’exemple évident est celui du CICE qui va être doublé en 2019 : 40 milliards de recettes de l’État qui s’en vont au profit des entreprises (dont beaucoup aux multinationales). C’est triste. Surtout quand on connaît la proportion de salariés touchant moins de 1800€ net par mois : 10 millions de salariés sur 20 millions. La moitié. Donner une aide de 300€ (plafonnée à 1800€) à tous les salariés gagnant moins de 1800€ net mensuel coûterait  moins de 36 milliards (puisque ceux touchant entre 1501et 1799€ toucheraient moins que 300€ pour parvenir au seuil de 1800€). Moins que le CICE, donc…

Avec les milliards restants du CICE réalloué, il serait possible de filer des primes à l’énergie pour les foyers les moins aisés : en crédits d’impôt ou en subvention pour payer son chauffage, par exemple. Le RSA et les petites retraites pourraient être aussi augmentées. Bref : simplement avec cette mesure du CICE annulée au profit « des gens », le « problème gilets jaunes » serait stoppé et le gouvernement pourrait quand même continuer son travail de destruction du modèle social français tranquillement en ayant juste joué sur des vases communicants. Resteraient les 80 milliards d’évasion fiscales et les 100 milliards de niches fiscales qui pourraient être utilisés pour le bien public, c’est vrai. Il serait possible d’ouvrir des services publics dans les zones les plus oubliées, redonner des moyens aux hôpitaux, à l’école dans son ensemble, à la prévention de rue, aux associations sociales, etc…. 30 ou 40 milliards pour l’hôpital, par exemple, sur 180, ça va… Pour ça il faudrait que les grands défenseurs de la République aient envie d’aider la population à mieux vivre. Ce qui n’est pas le cas et qui se voit un peu trop fortement.

Ce n’est pas 68 qui se joue, mais 34…

Un idéologue est quelqu’un dont l’esprit est entièrement acquis à une logique et une cause et qui ne peut pas envisager les problèmes, les solutions autrement que par le prisme de son idéologie. Macron et LREM sont des idéologues qui ne croient qu’en une seul chose : l’efficience de l’entreprise privée, du « marché », au détriment de l’Etat providence, considéré comme dépassé et inefficace. Le but de Macron et son mouvement de cadres  supérieurs est donc de faire rentrer les services publics — et en réalité toute activité de l’Etat — dans le modèle de l’entreprise « moderne » (donc financiarisée, néo-libérale) : management par la pression et l’humiliation, compression des coûts, rendement maximal, optimisation des ressources et des moyens, élimination des moins performants. Cette croyance en l’efficacité compétitive de l’entreprise tout puissante — antisociale par essence —, uniquement orientée vers la maximisation des profits, est déjà en œuvre dans le privé et fait partie du problème social et économique français. Mais quand c’est l’Etat dans toutes ses dimensions qui procède de la même manière, il est à peu près certain qu’à un moment, en France, ça coince. Parce qu’il ne faudrait pas oublier que les congés payés, la semaine de 40 heures et les conventions collectives ont été acquis dans la rue et par la rue, avec beaucoup de casse et de nombreux morts dans la population… entre 1934 et 1936. Ce n’est donc pas l’équivalent de 1968 qui se joue aujourd’hui, mais plutôt les grandes manifestations ayant mené au front populaire. 

Les éditorialistes devraient réviser leur manuels d’histoire sociale… tout comme Manu et ses cadres sup.