#GiletsJaunes et insurrection populaire : le pouvoir sait qu’il peut tomber

Ce que n’a pas vu venir, ni compris le pouvoir en place est le cœur des véritables mouvements révolutionnaires : la fin d’une illusion politique générant l’explosion du sentiment d’injustice. Ce sentiment est violent, sans nuances et puissant. Les révolutions sont violentes, sans nuances et puissantes. Et c’est toujours le sentiment d’injustice qui les provoque.

Allons, enfants de la Patrie,
Le jour de gloire est arrivé !
Contre nous de la tyrannie
L’étendard sanglant est levé, (bis)
Entendez-vous dans les campagnes
Mugir ces féroces soldats ?
Ils viennent jusque dans vos bras
Égorger vos fils, vos compagnes !

Refrain :

Aux armes, citoyens,
Formez vos bataillons,
Marchons, marchons !
Qu’un sang impur
Abreuve nos sillons !

Couplet 2

Que veut cette horde d’esclaves,
De traîtres, de rois conjurés ?
Pour qui ces ignobles entraves,
Ces fers dès longtemps préparés ? (bis)
Français, pour nous, ah ! quel outrage !
Quels transports il doit exciter !
C’est nous qu’on ose méditer
De rendre à l’antique esclavage !

Refrain
Couplet 3

Quoi ! des cohortes étrangères
Feraient la loi dans nos foyers !
Quoi ! ces phalanges mercenaires
Terrasseraient nos fiers guerriers ! (bis)
Grand Dieu ! par des mains enchaînées
Nos fronts sous le joug se ploieraient !
De vils despotes deviendraient
Les maîtres de nos destinées !

Refrain
Couplet 4

Tremblez, tyrans, et vous, perfides,
L’opprobre de tous les partis,
Tremblez ! vos projets parricides
Vont enfin recevoir leurs prix ! (bis)
Tout est soldat pour vous combattre,
S’ils tombent, nos jeunes héros,
La terre en produit de nouveaux,
Contre vous tout prêts à se battre !

Refrain
Couplet 5

Français, en guerriers magnanimes,
Portez ou retenez vos coups !
Épargnez ces tristes victimes,
À regret s’armant contre nous. (bis)
Mais ces despotes sanguinaires,
Mais ces complices de Bouillé,
Tous ces tigres qui, sans pitié,
Déchirent le sein de leur mère !

Refrain
Couplet 6

Amour sacré de la Patrie,
Conduis, soutiens nos bras vengeurs.
Liberté, Liberté chérie,
Combats avec tes défenseurs ! (bis)
Sous nos drapeaux que la victoire
Accoure à tes mâles accents,
Que tes ennemis expirants
Voient ton triomphe et notre gloire !

Refrain
Couplet 7
(dit « couplet des enfants »)

Nous entrerons dans la carrière
Quand nos aînés n’y seront plus,
Nous y trouverons leur poussière
Et la trace de leurs vertus (bis)
Bien moins jaloux de leur survivre
Que de partager leur cercueil,
Nous aurons le sublime orgueil
De les venger ou de les suivre.

Voilà le chant qu’entonnent les gilets jaunes face aux compagnies républicaines. Un chant révolutionnaire qui fonde justement la République qu’Emmanuel Macron est censé représenter, alors qu’en réalité elle est à l’origine celle de la population fondée pour le peuple et par le peuple.

« Que veut cette horde d’esclaves,
De traîtres, de rois conjurés ?
Pour qui ces ignobles entraves,
Ces fers dès longtemps préparés ? (bis)
Français, pour nous, ah ! quel outrage !
Quels transports il doit exciter !
C’est nous qu’on ose méditer
De rendre à l’antique esclavage ! »

Le sens profond de ce chant s’éclaire aujourd’hui face à cette monarchie maquillée en république démocratique représentative qui voit au final ses dirigeants et représentants démasqués par des centaines de milliers de citoyens qui réalisent qu’ils ont été manipulés et méprisés durant des décennies. Ou qui n’osaient rien dire et vérifient aujourd’hui qu’ils sont une force. Qui compte.

L’insurrection qui vient… par le « moyen bas »

Le mouvement des gilets jaunes est constitué majoritairement par des gens des classes moyennes. Pas les gens des classes les plus populaires ou les plus en difficulté. Non, les gilets jaunes sont constitués massivement des gens des classes « moyennes moyennes ». Si une partie peut voter RN ou FI, une grande part n’est pas politisée, s’abstient, ou vote sans conviction. C’est la France « des moyens », qui travaillent au smic ou un peu plus que le smic, celle des retraités à 1000€ ou moins par mois, qui devrait vivre à peu près correctement mais qui s’est retrouvée en quelques années déclassée économiquement au point d’être aussi précaire et en difficulté que les chômeurs ou les « exclus » d’il y a 10 ou 15 ans. Les gilets jaunes ont cu à la mondialisation heureuse de la fin des années 90, ont fait des crédits, payé des études à leurs enfants croyant qu’ils allaient bien gagner leur vie et s’élever socialement. Et c’est l’inverse qui s’est produit. Ils sont endettés, ils travaillent beaucoup pour la plupart, mais leurs salaires ne couvrent plus le quotidien, ou à peine.

Le « rêve français » de l’égalité, la solidarité, la fraternité, avec la possibilité de se soigner de façon égale, de se former avec ou sans fortune, de bénéficier de la redistribution, d’être aidé dans la difficulté par le collectif, de pouvoir se protéger des difficultés grâce à son travail : toutes ces promesses ont été détruites par les décisions politiques successives, particulièrement au cours des 15 dernières années. C’est de ça que provient le sentiment immense d’injustice, dévoilé et décuplé par la politique d’Emmanuel Macron et sa clique de cadres supérieurs qui se sont improvisés « représentants du peuple » à l’Assemblée nationale. Il est difficile de créer une situation plus clivée que celle qui domine aujourd’hui : une moitié de population qui ne peut pas payer d’impôts sur le revenu puisque ne gagnant pas assez, une seconde qui en paye beaucoup trop par rapport à ce qu’elle gagne, 9% qui sont à l’abri de toute problématique puisque extrêmement privilégiés, et les 1% d’ultra riches qui tiennent la majorité des médias et ont mis au pouvoir Macron.

Pourquoi le pouvoir peut-il tomber ?

Quand près de 90% de la population subit un sentiment d’injustice et perd toutes ses illusions, ne supporte plus l’inégalité de traitement dans laquelle elle est enfermée par un pouvoir politique qui se vante de ne pas travailler pour le bien public et la majorité des citoyens mais pour une petite « mafia » de possédants qui fait semblant de créer de la richesse alors qu’elle l’aspire et la détourne, la situation est grave. L’insurrection violente qui s’est déroulée partout en France où des gilets jaunes s’étaient réunis n’est pas anodine, ni fabriquée par des « professionnels de la casse » et le pouvoir en place le sait très bien. La stratégie du pouvoir face aux manifestants en gilets jaunes est à la mesure de sa politique depuis 18 mois : perverse, injuste et méprisante.

Le pouvoir en place a cru qu’en incitant les manifestants à affronter les forces de police (nasses et jets de gaz lacrymogène à 9h du matin alors que les gilets jaunes buvaient des cafés tranquillement) comme à l’habitude, en injectant ses propres casseurs (des « gilets jaunes » super équipés qui sortent de camions de CRS ou rejoignent des équipes de police une fois leurs forfaits commis), l’opinion publique se désolidariserait du mouvement de protestation. Il n’en a rien été. C’est même l’inverse qui s’est produit. Parce que les « insurgés » qui ont ont fait tomber une grille d’une tonne ou chargé des centaines de CRS et les ont mis en déroute ne sont pas des intellectuels pseudo-révolutionnaires qui rêvent du grand soir en se repassant des ouvrages marxistes. Non, les « insurgés » sont des types qui font des boulots durs et physiques depuis des années et qui ont répondu à la violence policière avec les mêmes armes. Et ça, c’est vraiment révolutionnaire. Et c’est ce qui fait tomber les pouvoirs politiques. Parce que la seule chose que comprend la violence d’Etat est… la violence populaire. Et c’est ainsi que la monarchie française a rendu les armes face aux révolutionnaires de 1789. Pas autre chose.

Macron et sa « petite mafia de cadres supérieurs » croient éteindre le mouvement en agitant le chiffon des violences intolérables des casseurs pour forcer les gilets jaunes à se calmer et aller discuter à Matignon. Ils se trompent. Le mépris affiché, l’ignorance du problème de fond de la part du pouvoir — qui n’est plus celui du prix des carburants ou des taxes trop élevées — mène à un blocage évident. Les classes moyennes moyennes savent désormais que l’ex banquier et ex patron de Bercy qui s’est fait élire par une fuite d’informations qui a flingué le seul candidat qui l’aurait largement battu au second tour, Fillon, n’est rien d’autre qu’un valet du Medef, acoquiné avec les 20 ou 30 grands patrons qui pillent le pays et écrasent les classes laborieuses depuis des années. Et comme les gilets jaunes n’ont plus rien à perdre et sont désormais insurgés contre ce pouvoir, il n’y aura que deux réponses possibles : ou bien la mise en place d’un pouvoir autoritaire jouant sur les peurs en déclarant l’Etat d’exception et le déploiement de l’armée, ou bien une réponse politique qui voit Macron dissoudre l’Assemblée nationale, ou même quitter l’Elysée et peut-être bien le pays, comme a pu le faire Ben Ali en Tunisie en 2011.

Le pouvoir va tomber.

Ce sera exceptionnel.

Mais l’état de la société est exceptionnellement dégradé.

La seule inconnue est la suite politique.

Mais après tout, tant que les illusions disparaissent et que les demandes de justice et de réduction des inégalités finissent par être remplies, est-ce vraiment important ?