« Nouveau monde » : de la réalité [alternative] au réel

Ce qui caractérise notre époque n’est pas qu’elle soit constituée de fausses nouvelles et de réalités alternatives diffusées par Internet qui tronqueraient la réalité, malgré une forte volonté politique et médiatique d’imprimer cette idée dans les cerveaux. Cette analyse est à la fois fausse et surtout viciée : jamais les populations n’ont eu autant de possibilités  de confronter la réalité au réel, la surface des choses à leur profondeur. Grâce à Internet, particulièrement. Des groupes structurés, des entreprises, des individus isolés, des gouvernements, des structures rémunérées sont actifs pour fabriquer des réalités alternatives, faire circuler des rumeurs, désinformer et « propagander » les esprits, c’est une certitude. Les outils le permettent et des faits récents ont levé le voile sur ces pratiques de plus en plus présentes sur le réseau mondial et plus performantes dans leurs effets. Mais se contenter de focaliser sur ces phénomènes afin de les contrer, avec comme volonté celle d’imposer des vérités officielle » ou d’écarter tout ce qui contesterait la « réalité établie » pour appuyer un discours — au final — du « réel établi » est une démarche excessivement dangereuse. Une démarche qui mène à un « nouveau monde » où le réel disparaît — justement — au profit d’une réalité plus ou moins alternative, mais fabriquée de toutes  pièces. Un monde et une histoire truqués n’engendrent pas des individus libres et éclairés, mais à l’inverse des pions aveugles et orientés vers des objectifs qui les dépassent.

Conspirationnisme et théories du complot : la vérité si je mens

Toute politique un peu agressive a généralement pour volonté de dominer ou perpétuer sa domination et a besoin d’ennemis pour ce faire. Tous les régimes autoritaires l’ont démontré, tout comme les 30 ans de [plus moins intense] guerre froide entre Etats-Unis et Union soviétique. L’un des phénomènes les plus marquants de cette périodes fut la fameuse « conquête de l’espace » entre ces deux nations. Une histoire qui ne fut pourtant pas du tout aussi simple et manichéenne que ce qu’aujourd’hui encore les « historiens de la conquête spatiale » veulent bien faire faire croire. L’apogée de cette réalité (la conquête de l’espace) — qui aura une incidence incroyable sur l’histoire moderne — est bien entendu la « course à la lune » gagnée par les Etats-Unis grâce au programme Apollo qui se conclut par 6 alunissages d’équipages entre 1969 et 1972. Un exploit qu’aucune nation ne put reproduire et n’a jamais pu reproduire depuis… un demi siècle.

La réalité officielle charriée depuis cette époque est donc simple : les Etats-Unis et l’URSS au lieu de se confronter militairement ont déplacé leur conflit vers une sorte de démonstration technique et technologique basée sur leurs capacités respectives dans la domination de l’espace. Cette course a été « gagnée » par un protagoniste qui — à peine 20 ans plus tard — a vu son modèle économique et politique, culturel, l’emporter avec la chute de son adversaire, l’URSS.

Apollo 17, 6ème et dernière mission lunaire réussie en 1972 scellerait donc la domination des Etats-Unis d’Amérique, qui, beaux joueurs, permettrait ensuite aux soviétiques de les rejoindre en orbite afin de débuter une entente entre les deux nations par un programme spatial commun.

L’histoire réelle n’est pourtant pas celle-là. Et c’est à partir de ces faux constats, fabriqués de toute pièce pour faire coïncider des événements avec un récit politique que le problème du réel percutant une réalité survient. Immanquablement, dans ces cas là, des « théories du complot », de « conspiration » apparaissent. Ou disparaissent, puis réapparaissent. C’est le cas avec le programme Apollo, et c’est le cas d’autres événements marquants et majeurs de l’histoire contemporaine. Une vérité historique affichée et officielle est contestée. De façon importante, avec des périodes plus ou moins fastes dans cette contestation comme dans la lutte pour maintenir la « vérité officielle ». Qu’est-ce que signifient ces luttes, pourquoi émergent-elles, qui est l’origine des mensonges ou des incohérences que ce soit du côté officiel ou alternatif ?

Apollo : l’histoire réelle et la fabrication alternative

Il serait trop long et rébarbatif de retranscrire toute l’histoire du programme Apollo et des fameux alunissages voyant 12 cosmonautes se poser et explorer la Lune entre 1969 et 1972. Jusqu’à y faire des rodéos en jeep ou y jouer au golf… Surtout qu’un documentariste vient de le faire avec brio en 2018 : Massimo Mazzucco. Reprenant depuis le départ l’histoire spatiale et particulièrement celle d’Apollo, le réalisateur se basant sur des archives et documents officiels montre à voir ce qu’il s’est passé réellement entre 1961, date à laquelle le président John F. Kennedy annonce que l’Amérique posera des astronautes sur la Lune avant la fin de la décennie, jusqu’aux derniers alunissages et les déclarations des astronautes dans les dernières années de leur vie. Le documentaire se nomme « American Moon ».

Quelques extraits du documentaire peuvent éclairer ce qui a été retenu de cette histoire et ce qu’elle a été… réellement. Le premier élément important est celui de l’excellence américaine pour parvenir à faire exister le programme lunaire Apollo, avec des budgets colossaux, entièrement basé sur une compétition avec l’URSS, nation ennemie défiée d’envoyer des hommes sur la Lune. Cette réalité est fausse, puisque très rapidement, en 1963, Kennedy voyant l’impossibilité pour les Etats-Unis de parvenir à accomplir l’objectif qu’il avait lui-même lancé, en appelle à une coopération avec l’Union soviétique pour envoyer des hommes sur la Lune. Mais si la possibilité d’envoyer des engins automatisés sur la Lune semble réaliste pour l’URSS, envoyer des hommes ne l’est pas :

L’administration américaine a emballé sa population avec cette histoire d’exploration lunaire par des astronautes, au point que toute la décennie 1960 est constituée d’une véritable propagande qui atteint les écoles, la presse scientifique et généraliste : toute la société américaine vit au rythme de cet exploit de science-fiction qui doit se réaliser avant 1970.

Alors qu’en réalité le programme Apollo est totalement hors des clous, quasi arrêté stoppé en 1967 après la mort de 3 astronautes — au sol — brûlés vifs dans leur capsule : rien n’est au point, le budget est explosé, au point que les dirigeants ayant lancé et porté le projet depuis le départ n’y croient plus et démissionnent. Tout comme l’astronaute le plus qualifié pour participer à Apollo.

Le programme Apollo n’est donc pas un exploit technique et technologique accompli grâce à un budget inégalé dans l’histoire spatiale. Il est au contraire un gouffre financier qui se termine en réalité en 1967 par une faillite complète, un drame humain et qui aurait dû stopper court au programme mettant en jeu des vies humaines en démontrant l’impossibilité de réaliser cette exploit d’exploration par des hommes de la Lune.

Mais entre l’histoire réelle du programme Apollo et la réalité qui va ensuite s’imposer, il y a un gouffre. Et c’est cette réalité qui est passée au crible dans le documentaire de Mazzucco, aidé d’experts, de confrontation de documents officiels, de mise en contradiction des éléments officiels de la Nasa, qu’ils soient textuels, audio, vidéo ou photographiques. Le documentaire American Moon est une enquête scientifique, précise, sourcée, documentée qui laisse aussi les « fabriquant de vérité » — les debunkers et mythbusters — s’exprimer… mais pour mieux démontrer scientifiquement leurs mensonges et autres vérités alternatives ou théories approximatives et fausses. Jusqu’à l’apothéose : la conférence de presse des 3 astronautes de la première mission, Apollo 11, puis leurs démissions de la Nasa, les déclarations elliptiques d’Armstrong plus de 20 ans après et le refus de tous les astronautes des 6 missions de jurer sur la bible qu’ils ont été sur la Lune.

La réalité « établie » n’est pas le réel

Ce que ce documentaire apporte est crucial pour notre époque entièrement submergée par l’information numérique, l’influence, la propagande et le trucage. Il démontre dans un premier temps que les missions Apollo ont été simulées. Les systèmes de simulation des missions Apollo ne sont pas une invention de conspirationnistes : ils sont dévoilés officiellement dès le milieu des années 60, avec des reportages officiels dévoilant la reproduction d’une lune en trois dimensions parfaitement cartographiée qui s’approche ou s’éloigne des hublots  d’un LEM au sol raccordé à des systèmes informatiques de l’époque permettant de donner des indications de navigation. L’illusion est parfaite et l’agence spatiale sait faire semblant de se poser sur Lune dès cette époque. Sans que personne dans les salles de contrôle ne puisse savoir si l’astronef est au sol ou à 380 000 kilomètres de la Terre.

Simuler le réel revient à fabriquer une réalité alternative. Ce qu’on fait les Etats-Unis entre 1968 (première et unique fois où des hommes sortent de la gravitation terrestre, traversent les ceintures radioactives de Van Hallen, et font le tour du satellite de la Terre en photographiant l’astre avec des pellicules bombardées par les rayonnements cosmiques) et 1972 (Apollo 17, dernière mission lunaire et dernière fois que des hommes sortent officiellement de la gravité terrestre).

Cette simulation est devenue une réalité partagée, historique, un événement majeur qui a changé l’humanité à de multiples niveaux. Politique en premier lieu. Et pourtant cette réalité n’est pas le réel, elle n’est qu’une fabrication. Le réel est celui d’une administration et d’une agence spatiale qui incapables de reculer sur un projet irréalisable, décident de monter de toute pièce des missions spatiales en utilisant toute la puissance des technologies de simulation et du cinéma pour les faire passer pour « vraies ».

Le MIT, en 1966 s’est d’ailleurs fendu d’un reportage dans lequel une simulation alunissage complète est mise en œuvre. L’administration américaines a dépensé beaucoup d’argent pour parvenir à créer la… simulation de l’exploit. Ceci est un fait établi :

Nouveau monde alternatif : le réel et les preuves, seuls juges

Les trucages de l’histoire sont réels. A des degrés divers mais ils sont devenus un fait têtu que de nombreux observateurs plus ou moins érudits constatent. Le politique est donc au centre de ce nouveau monde qui résiste, ou au contraire milite pour faire éclater la « vérité ». Tels les enquêteurs qui cherchent à connaître les motifs, le déroulement et l’auteur d’un crime, la population résiste à se faire imposer la réalité tronquée, arrangée et souvent fabriquée que ses dirigeants de toutes sortes lui présentent. Il n’est donc pas étonnant que les « fausses information » pullulent depuis le « bas », par une nécessité de contrer celles qui viennent d’en « haut ».

Mais il ne faudrait pas que cette guerre de l’information et de la description du réel ne devienne la règle, au point de finir par cataloguer tout travail d’enquête sur un événement, comme étant le fruit d’une quasi pathologie mentale de personnes soumises à une forme de doute permanent sure toute chose… et adeptes des théories les plus fantasques ou les plus inquiétantes.

Mettre au même niveau le travail de documentation et d’enquête de Mazzucco sur les missions Apollo avec celui des théoriciens de la Terre plate ou des reptiliens, des Illuminatis, relève des pires pratiques propagandistes politiques. S’il y a un « cadavre », des indices du crime, des preuves, et donc une réalité à dévoiler dans le cas du trucage de la Nasa, il n’en est rien dans les autres théories dites du « complot » : personne n’a jamais vu un reptilien ni observé une Terre Plate ou un groupe de dirigeants secrets qui travaillent à modeler le destin de l’humanité. Ces théories ne reposent que sur des inventions spéculatives, mais sur rien de réel et de visible, il n’y a pas de « cadavre » pour ces théories, seulement un crime imaginaire…  et sans corps. Alors que tout est là avec les missions Apollo, sous nos yeux. Comme pour de nombreux autres événements majeurs, dont le 11 septembre 2001, comme pour les constats effectués de façon globale, qui changent au gré des intérêts des puissances en jeu, le réel est donc refabriqué en permanence. Mais la population, qui le sait partiellement, peut faire de même, tout du moins en partie.

Nous vivons donc dans une guerre des réalités alternatives. La seule voie à conserver, dans ce cas là est celle du doute raisonnable et du jugement par les preuves, doublée de l’observation du monde réel, celui qui nous entoure, le monde observable.  Sinon, c’est l’aspiration dans la propagande qui guette tout un chacun.

Une propagande toute « fasciste », puisque ayant comme unique vocation que celle de refabriquer le monde… de façon totalitaire.