L’immense escroquerie de la bêtise artificielle se répand dans l’Algocratie mondiale

Les système informatiques d’apprentissage profond se généralisent dans une multitude de domaines. Leurs progrès fascinent ceux-là mêmes qui les conçoivent, désormais persuadés que la plupart des « problèmes humains » seront résolus par ces « intelligences binaires et évolutives » capables de prouesses analytiques surhumaines. Arte a diffusé il y a peu un reportage sur le sujet, intitulé « L’intelligence artificielle va-t-elle nous dépasser ?«  qui procède à une sorte de grand tour du monde (surtout américain) des applications développées avec le « deep learning » en faisant parler ceux qui utilisent cette technologie ou la développent. Tout dans ce reportage est hallucinant de bêtise, confinant à un surréalisme intellectuel basé sur une fascination technique qui occulte en permanence la réalité : les IA ne servent pas à « rendre le monde meilleur » ou à « l’améliorer », elles ne font qu’une seule chose : servir à confirmer et corriger les « erreurs et les problèmes » générés par une organisation humaine entièrement asservie aux intérêts des industriels. Décryptage.

Des systèmes voués à confirmer les problèmes

Au delà des démonstrations de force des IA, par leur capacité à battre des humains au jeu d’échec, au jeu de Go ou à apprendre seules à bluffer au poker, le reportage d’Arte laisse avant tout des spécialistes vendre les nouvelles applications de cette technologie, et ce, dans tous les domaines. Celui de la santé est bien entendu largement abordé. Et c’est là que commence une course à la bêtise que n’importe quel observateur un peu posé et critique ne peut que constater : ces gens sont-ils sérieux ou même conscients de leur décalage avec les enjeux de de santé qu’ils sont censés prendre à bras le corps ? Extrait de l’intervention d’un médecin au sujet du cancer et de l’émergence de l’IA dans le domaine de la santé (1″28) :

 

 

Que dit ce médecin et quelles conclusions sont tirées de l’apparition de l’IA dans le domaine de la médecine ? Une chose très simple et parfaitement délirante au sujet de la santé humaine : être malade,  avoir un cancer est normal, mais les médecins ne sont pas assez pointus pour savoir repérer votre maladie correctement et trouver le bon traitement. Être malade est donc normal ? Se pencher sur les causes du cancer, la prévention, et donc la compréhension de cette maladie n’a pas l’air d’effleurer l’esprit de ceux qui se réjouissent du nouveau jouet qui va leur permettre de mieux choisir des traitements : l’IA vient confirmer un schéma établi qui veut que le cancer est une maladie parfaitement logique, qui n’a aucune cause particulière et qui doit seulement être combattue à l’aide des labos pharmaceutiques. Le « monde meilleur » de l’IA est donc un monde empli de malades prêts à crever devenant dépendant de machines fouillant leurs données médicales pour optimiser leurs traitements hors de prix ? Très étrangement, personne ne semble avoir voulu utiliser l’IA pour analyser les causes du cancer, les facteurs aggravants, les profils à risque, les environnements favorisant l’émergence de cette maladie, et surtout personne ne semble vouloir utiliser ce « génie logiciel » pour faire de la prévention. Ce qui, aux vues des capacités d’analyses par le traitement des big data, serait parfaitement possible, avec un risque, mais qui lui ne serait pas médical : celui de démontrer que l’industrie, l’agro chimie, la pollution, l’alimentation sont en cause dans l’épidémie de cancers en cours et que se prémunir ou réduire l’apparition de cette maladie est possible, bien que compliqué, mais que ce sont ceux qui causent le cancer qu’il faudrait « traiter » (1,04″) :

 

Surveiller, détecter, corriger

L’extrait qui suit est parfaitement révélateur de l’immense bêtise humaine désormais vouée à créer des machines programmées pour surveiller l’être humain, détecter chez lui des signes établis — comme des symptômes — afin de pouvoir corriger : son comportement, ou son état général. La psychiatrie américaine s’est donc lancé dans un programme hallucinant qui mérite d’être analysé pour comprendre l’ineptie des applications actuelles de l’IA (2:11)  :

 

Les personnes peu affranchies sur la psychiatrie et le travail des psychiatres peuvent se dire — après visionnage de cet extrait — qu’après tout, si la machine fait mieux que le médecin, pourquoi pas ? Sauf que le travail d’un psychiatre n’est pas de repérer une pathologie mentale, ce n’est surtout pas une machine à diagnostiquer. Un psychiatre est normalement censé accueillir les personnes en souffrance psychique et les aider à sortir de cette souffrance. Savoir qu’une personne est « dépressive », ou « schizophrène », ou encore « maniaque », ou « bipolaire » ne sert à rien, sauf à une chose, mais qui ne guérit pas les personnes : savoir quel traitement chimique peut être mis en place. Si un traitement est nécessaire. Puisque placer les patients sous camisole chimique ne les guérit pas : cela permet seulement de contenir les crises, amoindrir les symptômes. Aucun schizophrène n’a réussi à reprendre cours avec une vie normale, s’intégrer dans la société avec des neuroleptiques et des anti-psychotiques. La psychiatrie américaine est donc enchantée d’avoir cette IA de détection de pathologies mentales pour une seule raison : affiner les prises en charge médicamenteuses (00:45) :

La machine vient expliquer au psychiatre l’état de son patient après détection de signes faciaux pour permettre de mieux doser le traitement : la pathologie mentale n’est donc qu’une maladie parmi tant d’autres, l’esprit humain, la souffrance intérieure, l’état psychique des individus seraient finalement très simples à comprendre, au point qu’il suffirait de détecter des signaux pour savoir quoi faire. Une fois de plus, l’IA vient détecter et corriger : son utilisation n’est là que pour confirmer des états et les gérer. Pourquoi des personnes souffrent-elles psychiquement ? Le métier d’un psychiatre est-il de donner des traitements chimiques pour faire baisser les symptômes de pathologies référencées et mouvantes ? L’IA comprend-elle la personne, lui offre-t-elle une aide ? Comment une relation médecin-malade peut-elle s’établir si le médecin a déjà une idée précise et arrêtée de ce qu’est et de ce qu’a son patient, de ce qu’il est censé vivre ? La réalité est que l’IA ne vient faire, une fois de plus, qu’une seule chose : soutenir et cautionner l’industrie. Des médicaments psychotropes et autres anti-dépresseurs, qui pour ces derniers, sont de moins en moins efficaces. Mais qui s’en soucie ? Pas l’IA en tout cas.

Le graal de l’industrie de l’IA : parvenir à reproduire des actions humaines pour vendre aux humains des activités dont il n’ont pas besoin

Ce qui est troublant dans ce reportage d’Arte c’est de voir des gens très éduqués, intelligents, s’emballer et promouvoir des projets totalement stupides et sans utilité, parfaitement creux. Le cas du véhicule autonome est emblématique de cette fascination : expliquer qu’arriver à faire faire à des programmes informatiques quelque chose de parfaitement naturel et hyper simple pour un être humain, relève de l’exploit. Voir son environnement, tourner un volant, discriminer les objets : toutes ces choses que n’importe quel être humain sait faire sans effort est très compliqué pour la machine. Oui, et donc ? Si l’on sait conduire très facilement, faudrait-il s’extasier sur le fait qu’une suite de 0 et de 1 sache elle aussi le faire ? Visiblement, oui (00:13) :

 

 

Des investissements colossaux ont été effectués pour faire faire à des machines quelque chose de parfaitement humain, de partagé par tout être humain : prendre des décisions. Et pour faire quoi ? Pour que la machine pratique une activité que 99% des êtres humains maîtrisent sans aucune difficulté : conduire une voiture.

Si l’on prend un peu de recul, et que l’on essaye de comprendre quelle est la logique dans cette affaire de véhicules autonomes, il est très vite évident qu’il n’y en a pas. Nous n’avons pas besoin de véhicules autonomes. Le taux d’accident aujourd’hui avec des êtres humains au volant est très bas et rien ne garantit que les IA au volant feront mieux que nous. Et même si c’était le cas : dans quelle mesure est-il acceptable de déléguer des activités parfaitement simples, quotidiennes et humaines à des machines ? Puisqu’à ce compte là faire la cuisine devrait aussi être délégué à des IA, faire le ménage, aller chercher les enfants à l’école, et puis -tant qu’à y être : réfléchir et décider quoi faire au quotidien ?

En réalité, le spécialiste du développement des véhicules autonomes donne la réponse qui est comme chacun s’en doute parfaitement attendue et confirme toute l’analyse portée par cet article : l’accaparement par l’industrie de nos vies, et notre remplacement par les machines (00:39) :

 

 

Et ne nous leurrons pas : l’IA pourrait être utilisée pour analyser le trafic, faire de l’accidentologie en déterminant les endroits dangereux, permettre d’améliorer les voiries, les conditions de circulation, proposer des solutions pour faire baisser le nombre d’accidents. Mais elle ne le sera pas. Aujourd’hui, les citoyens les plus démunis meurent 2 à 3 fois plus au volant que les plus aisés. Leurs véhicules sont vieux et les protègent peu : quand ils percutent le 4×4 urbain d’un riche ils se font plier en deux et crèvent. Ils roulent sur des routes de campagnes pourries, dangereuses, sont obligés de faire des trajets longs pour aller travailler, boivent trop d’alcool pour compenser leurs problèmes socio-professionnels et prennent le volant bourrés. Tout ces constats — qui ne seront pas réglés par les véhicules autonomes — n’est pas le fruit du travail d’une IA mais celui d’un chercheur qui a travaillé sur l’accidentologie. Un problème social en réalité, les accidents de la route. Mais qui s’en soucie dans le monde automatisé de la gestion des conséquences des errements politiques et économiques ?

> Lire dans Le Monde diplomatique : « Des accidents de la route pas si accidentels »